Published on Nonviolent Peaceforce (http://www.nonviolentpeaceforce.org)
March, 2008
By ppathak
Créé 05/29/2008 - 03:50

Project:
Philippines - Mindanao

Au-delà du maintien de négociations secrètes, le gouvernement philippin et le MILF n’ont réalisé aucune avancée crédible en vue d’une reprise officielle des pourparlers de paix ajournés ou des négociations de haut niveau entre les représentants des deux partis au Panel de la paix. Les cercles politiques de Mindanao sont traversés de rumeurs selon lesquelles, dans l’hypothèse où le gouvernement et le MILF ne parviendraient pas à un accord de paix avant les élections du gouverneur de l’ARMM (prévues pour le mois d’août 2008), il serait fort probable que les deux partis attendent trois ans de plus avant de signer un accord de paix. Dans ce cas, le fossé entre la communauté moro et les divers groupes armés pourrait se creuser davantage encore, et il y aurait par ailleurs un plus grand risque que les pourparlers de paix échouent, ce qui pourrait conduire à une escalade du conflit armé.

Il faut également souligner que le directeur de l’équipe internationale d’observation s’est rendu pour la première fois à Sulu aux côtés de représentants du MILF pour visiter un camp du mouvement dans l’une des communes de la province. La province de Sulu est une place forte du courant principal du MNLF, présidé par Nur Misuari.

Les organisations de la société civile ont poursuivi leurs efforts afin de mobiliser tous les acteurs clef du processus de paix de Mindanao pour consolider les gains du processus de paix. Le Mindanao Peoples’ Caucus (MPC) a lancé sa campagne 2008 de sensibilisation « Résolvons le conflit de Mindanao – signez et appliquez des accords de paix maintenant », dont fait partie la première Caravane des jeunes pour la paix de Mindanao, qui se rendra à Corregidor (une île située dans la baie de Manille). Le MPC a poursuivi ses efforts de sensibilisation sur le conflit de Mindanao au sein des populations des Visayas et de Luzon et a transmis un message fort aux civils, selon lequel ils sont tous égaux et jouent tous un rôle essentiel dans le processus de paix en cours.

Travail de NP

Équipe de Sulu
L’équipe de Sulu a rencontré à plusieurs reprises les membres de deux organisations communautaires de Sulu et, à leur demande, a renforcé sa stratégie de suivi afin de gérer le massacre d’Ipil et d’apporter son soutien à la satisfaction des besoins de protection des familles concernées. Elle a tenu la Commission des droits humains, située à Zamboanga, informée de l’évolution de la situation.

En collaboration avec ses partenaires locaux, NP a réalisé un suivi des cas de harcèlement et de détention illégale. Par ailleurs, l’équipe a défini des domaines de collaboration avec un groupe religieux de défense des droits humains et de la paix de la province de Sulu.

Des organisations partenaires ont également demandé à NP de soutenir leurs initiatives visant le retour de déplacés internes dans trois barangays de la ville d’Indanan. Après avoir demandé l’avis du bureau principal et de ses partenaires locaux, l’équipe de Sulu a décidé de d’abord consulter toutes les parties prenantes, comme les déplacés internes, les collectivités locales, l’armée, le MNLF, etc.

À la demande des communautés et des pouvoirs publics locaux, l’équipe a assisté au règlement d’un rido (une querelle) afin de montrer une présence internationale et de soutenir le processus de résolution. L’événement a eu lieu dans le bureau du gouverneur au Capitole. L’équipe a assisté au règlement d’un autre rido à la demande d’un autre partenaire local. Ce dernier a par ailleurs demandé à NP d’apporter un soutien continu et de faire état d’une présence internationale au cours du règlement de ridos, dans la mesure où cela permet d’accroître la sécurité et la confiance des populations locales. À Mindanao, certains ridos politiques ont déclenché de petites guerres.

À la demande d’un partenaire local, l’équipe a assisté au forum de commémoration du massacre de Bud Dahu lié à l’opération Balikatan. Le forum était organisé par l’Assemblée des jeunes bangsamoro et Suara Bangsamoro dans le but d’analyser en profondeur les raisons de la présence des troupes américaines et de leurs programmes d’assistance humanitaire à Sulu et, plus largement, aux Philippines.

L’équipe a rendu une visite de courtoisie au nouveau chef de la police provinciale de Sulu et a maintenu une communication régulière avec les autres bureaux clef de la province.

À la demande du bureau principal de NP, un intervenant civil de paix de l’équipe de Sulu a rejoint le bureau principal pour assurer un accompagnement protecteur de la Caravane des jeunes pour la paix de Mindanao à Corregidor, organisée par MPC.

Équipe de Mindanao Centre
L’équipe s’est consacrée à l’observation des problèmes de protection civile et, à la demande de résidents, s’est rendue dans des zones isolées tenues par le MILF. Yukio Aki de NP Japon et Ann Frisch (donatrice américaine de NP et volontaire à court terme au Guatemala) ont rendu visite à l’équipe en même temps ; celle-ci leur a fait visiter le terrain. L’équipe de Mindanao Centre, en coordination avec le bureau principal, a offert une formation sur le terrain aux intervenants civils de paix internationaux fraîchement arrivés.

Elle a conservé son statut d’observateur auprès du poste mixte d’observation du cessez-le-feu de Balanaken (Joint Ceasefire Monitoring Post – JCMP) en assurant une présence régulière au poste et a maintenu une communication constante avec les membres du poste et les civils habitant cette zone critique. Face à des relations de plus en plus tendues entre certains commandants du MILF dans deux barangays de la commune de Datu Piang, l’équipe de Mindanao Centre a, avec l’aide du JCMP, réagi rapidement afin de pacifier la situation. Les tensions étaient liées aux durs combats armés opposant des commandants du MILF et entraînant le déplacement de plusieurs familles. La situation a inquiété les forces armées des Philippines et les forces paramilitaires lorsque l’un des commandants du MILF s’est rapproché, avec ses combattants, du poste mixte d’observation du cessez-le-feu. Le Comité de coordination pour la cessation des hostilités a ordonné au commandant du MILF de retirer immédiatement ses troupes des environs du poste d’observation. Sinon, celui-ci serait fermé, ce qui aurait pu être interprété comme une invitation pour les forces armées des Philippines de pénétrer la zone. La présence de NP au poste a donné confiance aux observateurs locaux, ce qui les a aidés à tenir leurs positions. En coordination étroite avec le bureau principal, l’équipe de Mindanao Centre a assuré, aux côtés d’observateurs locaux de la paix, une présence internationale consciente au poste, la nuit, au moment critique. Le bureau principal de NP a informé toutes les parties concernées de la présence de NP au poste et est resté en contact avec l’équipe pendant toute la nuit. Il a également tenu le Comité mixte de coordination pour la cessation des hostilités et quelques partenaires clef informés de l’évolution de la situation. Le calme est revenu au bout de 72 heures et la présence continue de NP a obligé le commandant du MILF à retirer ses troupes du poste d’observation. Les familles qui avaient fui la zone sont rentrées chez elles immédiatement après et ont remercié l’équipe de NP.

En coordination avec le bureau principal de NP, l’équipe de Mindanao Centre s’est régulièrement rendue aux autres postes mixtes d’observation et d’assistance à Rangeban sur la commune de Midsayap et à Kuloy sur la commune de Shariff Aguak et est restée en contact avec les partenaires locaux présents dans ces zones. L’équipe a conduit les visiteurs de NP dans les zones mentionnées ci-dessus.

Elle a également continué à vérifier les rumeurs, en coordination étroite avec le responsable de la communication du bureau principal. En règle générale, les rumeurs ébruitent des violences ou toute augmentation des mouvements des forces armées des Philippines, des paramilitaires et des forces armées islamiques bangsamoro, informations dont la véracité est à vérifier mais qui sont source de panique et d’anxiété au sein des populations locales et les forcent parfois à évacuer.

En étroite coordination avec le responsable de la communication, l’équipe a collaboré avec le Comité international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour assister les déplacés internes qui s’étaient rassemblés dans l’école primaire Dabpil dans la commune de Midsayap par peur des représailles suite à l’assassinat d’un commandant local dans une embuscade par des inconnus. L’équipe et le bureau principal de NP ont constamment tenu les partenaires locaux informés des activités en cours et des incidents survenant sur le terrain. L’équipe a assuré un suivi de quelques activités, affaires et incidents du mois précédent, comme les accusations d’enlèvement d’enfants.

Afin de maintenir une relation et une collaboration étroites avec les partenaires locaux, l’équipe a assisté à des réunions et des formations organisées par Consortium of Bangsamoro Civil Society (CBCS) et Kadtuntaya Foundation, Inc., (KFI) pour les membres de l’équipe d’intervenants civils de paix appelée TIYAKAP. Ces sessions de formation ont été conçues par CBCS et NP pour les représentants de TIYAKAP des différents barangays de la commune de Datu Piang. Elles étaient axées à la fois sur les droits humains et le système d’alerte et de réponse rapides (EWER) comme système de prévention des conflits.

Bureau principal de Cotabato
Le bureau principal de NP n’a pas ménagé ses efforts puisqu’il a orienté et soutenu les équipes de terrain, comme nous l’avons déjà vu ci-dessus. Il a renforcé ses relations de travail avec le gouvernement, le MILF, le MNLF, l’équipe internationale d’observation, la police nationale, les collectivités locales, les organisations internationales, les ONG internationales et les organisations partenaires de la société civile.

Le bureau principal a présenté le projet aux visiteurs liés à NP et a organisé leur visite du bureau de terrain de Mindanao Centre. Il a également accueilli les nouveaux intervenants civils de paix et leur a organisé une formation initiale. Le bureau principal, l’équipe de Mindanao Centre et les nouveaux intervenants se sont réunis à plusieurs reprises pour définir les procédures d’orientation des nouveaux intervenants sur le terrain. Le bureau principal a rédigé des rapports et assuré une mise à jour des informations sur le projet afin d’évaluer les activités.

À la demande expresse de MPC, l’équipe NP, composée du directeur du projet, du responsable de la communication, d’un intervenant civil de paix de l’équipe de Sulu et d’un chauffeur à temps partiel, a assuré un accompagnement protecteur de la Caravane des jeunes pour la paix de Mindanao à Corregidor. Plus de 60 délégués représentant différents groupes de jeunes de Mindanao ont participé à la Caravane qui constitue la première activité du MPC en 2008 pour sa campagne de sensibilisation « Résolvons le conflit de Mindanao – signez et appliquez des accords de paix maintenant ». Sous mandat clairement établi, l’équipe de NP a assuré l’accompagnement protecteur de la Caravane des jeunes pour la paix à partir de la ville de Cotabato. L’équipe de NP avait auparavant informé les hauts dirigeants du gouvernement, du MILF et du MNLF du rôle spécifique que NP allait jouer au cours du voyage. La Caravane a traversé les villes de Cagayan de Oro, Cebu, Bacolod, Ilo Ilo, Mindoro, Batangas et Manille ainsi que l’île de Corregidor. Tout au long du voyage, elle a organisé diverses activités comme des conférences de presse, des séminaires, des entretiens avec les médias et des rencontres avec des organisations locales de la société civile.

La Caravane des jeunes pour la paix a été organisée pour marquer le 40ème anniversaire du massacre d’un commando d’agents – baptisé Jabidah – sur l’île de Corregidor. En 1968, des soldats tausug de Sulu qui avaient rejoint les forces armées des Philippines étaient entraînés en vue de l’invasion du Sabah en Malaisie. Le massacre a eu lieu lorsque la mission a été dévoilée à ces soldats. Ils ont refusé d’obéir aux ordres et, à l’exception de l’un d’entre eux qui est parvenu à s’enfuir, tous ont été tués par leurs officiers. Ce massacre explique la lutte moro pour l’indépendance, menée par le Front moro de libération nationale dans les années 1970. Le MPC a lancé l’opération de la Caravane pour la paix de Mindanao à Corregidor pour raviver la lutte moro mais pour la paix, par des moyens pacifiques et non violents. Sur le chemin de Manille à Corregidor, la Caravane pour la paix a vécu un moment fort : le seul survivant du massacre de Jabidah s’est joint à la Caravane à la demande des organisateurs et a décidé de revenir sur l’île de Corregidor, de laquelle il s’était enfui in extremis sous les balles, 40 ans plus tôt. Il a lancé un appel à la paix et a apporté son soutien à la campagne de sensibilisation du MPC. À la fin du parcours, les organisateurs de la Caravane pour la paix ont chaudement remercié l’équipe de NP : « Nous sommes extrêmement reconnaissants et honorés d’avoir bénéficié de l’accompagnement protecteur de Nonviolent Peaceforce au cours de ce voyage difficile mais d’une grande importance pour réaliser une paix durable et juste à Mindanao ».

Outre ces tâches de supervision, le directeur du projet a rencontré des ambassadeurs et d’autres personnalités dans le but de lever des fonds.

(auteur : Atif Hameed)



Source URL (retrieved on 11/20/2008 - 15:34): http://www.nonviolentpeaceforce.org/fr/node/765